La chroniqueuse politique Chantal Hébert affirmait hier sur son blogue que « Pour la première fois, l’hypothèse d’une victoire de Stéphane Dion la semaine prochaine n’est plus une idée complètement abstraite. (…) Le dénouement du scrutin est désormais largement entre les mains de l’électorat ontarien, peut-être le groupe d’électeurs le plus volatile et le moins prévisible au Canada. Tous les sondages indiquent que l’état de l’opinion dans cette province est encore très fluide. »

C’est un fait que certains sondages effectués en Ontario ces derniers jours indiquent que les libéraux ont repris le dessus (32% selon Harris/Decima et 39% selon Nanos) sur les conservateurs (28% selon les deux firmes). Résultat : les conservateurs n’auraient désormais plus au pays qu’une avance de quatre ou cinq pour cent sur les libéraux. Qu’il s’agisse d’un vote prolibéral ou anticonservateur, un fait demeure : Stéphane Dion, celui-là même dont on annonçait la fin de la carrière politique il y a deux semaines à peine, a désormais des chances – si minimes soient-elles – de devenir le premier ministre du Canada.

Be careful what you ask for, you might just get it

Mais qui dit premier ministre du Canada, dit aussi premier ministre de tous les citoyens, les Québécois y compris. Or, pour ces derniers, le père de la loi sur la clarté référendaire (C-20) – celle-là même qui a été rejetée du revers de la main par les trois principaux partis au Québec – représente une menace réelle pour la paix constitutionnelle. Mise de côté depuis la dernière élection au Québec, la souveraineté n’a en effet besoin que d’une simple étincelle pour enflammer à nouveau l’électorat québécois. On peut compter sur le PQ et le Bloc québécois à ce sujet pour faire leurs choux gras des positions constitutionnelles de Stéphane Dion s’il devait un jour être élu premier ministre.

Des positions qui pourraient aussi entrer en conflit avec les demandes à saveur nationalistes récemment formulées par Jean Charest. Si Gilles Duceppe appuie ces dernières avec vigueur, pour Stéphane Dion, elles donnent lieu à une fin de non-recevoir.

Stephen Harper reconnaît de son côté qu’il ne peut satisfaire toutes les demandes du Québec, mais il continue à marteler que sa vision du fédéralisme asymétrique demeure la meilleure approche pour le Québec.

Jack Layton a quant à lui affirmé durant le débat des chefs qu’il était ouvert à discuter de ces questions, notamment de la souveraineté culturelle du Québec, avec le gouvernement Charest et à cet égard, il demeure de loin le chef le plus ouvert des trois partis fédéralistes.

De Layton, Harper et Dion, ce dernier est au final le seul des trois qui risque de jeter de l’huile sur le feu souverainiste. Le seul qui a le pouvoir de garantir la présence du Bloc à Ottawa pour les années à venir. Et possiblement le seul qui soit en mesure de ramener l’échéance référendaire au calendrier des Québécois. Une évidence que le ROC semble avoir perdu de vue à force de prôner, « Anything but conservative ».

Comme quoi le mieux est souvent l’ennemi du bien.