Le maire de Brossard, Jean-Marc Pelletier, a proposé la semaine dernière la construction d’un tunnel à deux étages (le premier pour le prolongement du réseau de métro, le second pour les voitures) sous le fleuve Saint-Laurent entre l’île de Montréal et sa localité. Estimant le coût de son projet à 1,2 milliard de dollars (et financé en partie par le secteur privé), M. Pelletier profite ainsi de la campagne électorale pour mettre de la pression sur les candidats dans Brossard-La Prairie et, plus globalement, amener les partis politiques à parler de transport.

Puis Radio-Canada nous apprend aujourd’hui que le pont Champlain est aussi mal en point qu’il en a l’air.

Parce que le transport est un sujet sensible pour les citoyens de la couronne métropolitaine. Les jours passent et mettent en relief la désuétude de nos infrastructures. Le pont Champlain fait peur, le pont Mercier fait encore plus peur, le pont Victoria est un cauchemar au niveau des accès…

L’idée du maire de Brossard est bien belle en théorie mais se heurte dans un premier temps à des récifs… politiques. Si l’idée d’améliorer la fluidité dans l’axe Montréal-Rive-Sud est électoralement rentable, elle l’est moins lorsqu’on la conjugue avec le spectre… de la 30!

Combien d’élections provinciales et fédérales se sont jouées sur cette cinquantaine de kilomètres à construire entre Vaudreuil-Soulanges et Candiac? Tellement que même si des échangeurs sont déjà construits dans la partie Est du tracé, les gens doutent encore de sa réalisation.

Allez donc leur parler de lien sous-fluvial…

Puis il y a les enjeux environnementaux. Si l’idée de diminuer la circulation avec le métro peut êre perçue comme bonne, comment expliquer la venue de nouvelles voies routières qui s’ajouteront à celles du pont Champlain? Le débit journalier devrait logiquement augmenter. Et de toute façon, l’ajout de kilomètres de bitume n’est généralement pas ami avec le concept de développement durable.

L’idée d’aller remuer le sol sous le fleuve risque également d’alerter plusieurs groupes écologistes.

Enfin, il y a la question des coûts. Le cynisme de la population envers la classe politique vient notamment de l’incapacité de cette dernière à chiffrer rigoureusement ses projets.

Et le pont actuel?

Suite à l’effondrement du viaduc de la Concorde à Laval en 2006, le ministre fédéral des Transports, Lawrence Cannon, avait mentionné lors d’un point de presse que les infrastructures fédérales, dont le pont Champlain, étaient sécuritaires.

Pourtant, ce n’était pas le cas. Radio-Canada nous apprend que quelques jours seulement avant l’effondrement de Laval, un rapport déposé par la firme d’ingénieurs Genivar était moins jovialiste sur l’état du pont bâti en 1957.

Largement surchargé comparativement à ce qu’il a étudié à l’époque, le pont Champlain s’est imposé comme la “meilleure” solution de contournement de Montréal pour le transport routier. Il n’a pas été conçu pour ça, ni modifié pour tenir compte de cette réalité.

Un peu avant le déclenchement des élections actuelles, le ministre Cannon avait annoncé que la structure actuelle serait remplacée pour des raisons économiques (200 millions sur dix ans pour le maintenir dans son état actuel semble effectivement être une dépense discutable). Mais la politique étant ce qu’elle est, le projet est de nouveau sur la glace.

Nous avons demandé aujourd’hui aux cinq grands partis leur opinion sur la question du transport entre la rive-sud et Montréal. Aucun n’a répondu à la demande formulée par courriel à leur représentant dans le comté de Brossard-La Prairie, où se situe le pont Champlain.