J’ai rarement perçu dans les médias et l’électorat une opinion si polarisée lors d’une élection que celle-ci. À part peut-être lors du référendum de 1995.

Il est vrai que l’utilisation des technologies Web de réseautage social n’était pas très utilisé lors des élections. Même lors de la dernière élection provinciale, les blogues n’avaient eu qu’un impact marginal.

Il me semble que jamais auparavant voyait-on autant d’initiatives citoyennes appellant au vote stratégique, à voter pour n’importe qui sauf Conservateur. Il y a eu la vidéo de Rivard et cie (Culture en péril) qui a reçu un accueil amusé mais mitigé dans la blogosphère. Et voici maintenant Unissons nos voix et Voter pour l’environnement.

Maintenant, pourquoi ces groupes d’intérêts particuliers et lobbyistes mettent autant d’efforts à contrer l’avancée du gouvernement conservateur de Stephen Harper?

Si les Libéraux n’étaient pas si aplaventris, inexistants du débat public, est-ce que les artistes seraient aussi vocaux?

Je ne crois pas. Le confort d’un gouvernement providence suivant le modèle Libéral est réconfortant. En voyant que Stéphane Dion n’a aucune chance de former le gouvernement et qu’il pourrait ne pas former l’opposition officielle, les artistes, les groupes d’intérêts environnementaux, idéologistes de gauche sont pris d’une panique. Leurs groupes d’intérêts sont éparpillés dans plusieurs partis. La droite est tellement unie que même le parti Libéral en vient à passer pour un parti de gauche. Ces groupes percoivent qu’ils n’ont d’autre alternative que de défendre eux-même leurs intérêts, et à défaut de se réfugier tous sous une seule bannière, ils polarisent le débat: Il y a les méchants, les conservateurs, et il y a les bons, i.e. tous les autres partis politiques susceptibles de les contrer.

Ça me fait penser à l’hécatombe qu’avait été le passage de Le Pen au deuxième tour des présidentielles françaises à l’époque. Les gens de gauche du parti socialistes en étaient venus à appuyer Chirac, le moindre deux deux maux pour éviter que l’extrême-droite soit à la tête du pays.

Cependant, je remarque que les messages de la gauche sont démagogiques et opportunistes. Exactement ce qu’on reprochait aux partis de droite, comme l’ADQ au Québec.

Par exemple, Germain Houde va jusqu’à dire que la droite érige ses politiques en dogmes (dans sa vidéo de Unissons nos voix). Laissez-moi rire. Comme si la gauche n’avait pas érigée Kyoto en dogme environnemental. Aussi, les coupes de 45M$ dans la culture. Qu’importe si ces programmes étaient utiles, efficaces où non, il ne fallait pas couper? Où se trouve le sens critique de ces artistes? J’imagine que quand le sujet nous touche plus personellement, c’est le coeur et non la tête qui réagit.

Pour placer les idées, 45M$, c’est un peu moins que le plafond salarial d’une équipe de hockey professionnel de la NHL. En revanche, les besoins en garderie et autres programmes utiles à une majorité de canadiens se chiffrent en milliards de dollars. Pourtant, on a passé plus de temps à parler d’une coupe ridicule dans la culture que des plans d’investissement de chaques partis pour des places en garderies et autres programmes pour aider les familles.

La force du lobby des artistes m’impressionne par sa capacité à réagir promptement et à défendre ses intérêts. Cependant, je ne crois pas qu’ils aient trouvés le mot juste, ce message rassembleur qui réussira à unir cette gauche où tous les partis se battent farouchement et égoistement pour avoir leur part du gâteau.

Triste.

brem

Cet article est aussi disponible sur mon blogue personnel à martinbreton.com