Lors d’un point de presse hier dans le Nunavut, Stephen Harper a nié que les conservateurs allaient renvoyer l’ascenseur aux députés adéquistes lors de la prochaine campagne électorale provinciale. Bien que plusieurs de ces derniers aient participé à des rassemblements partisans de candidats conservateurs, Harper a tenu à prendre ses distances face au parti de Mario Dumont. « Évidemment, je cherche l’appui de beaucoup de Québécois, surtout ceux qui votent pour les libéraux et les adéquistes au niveau provincial », a-t-il indiqué, ajoutant que selon lui, il récoltait d’un grand appui de ces deux camps.

Two’s company; three’s a crowd

C’est un secret de polichinelle que les relations entre les conservateurs et les libéraux provinciaux se sont particulièrement envenimées récemment. Pas plus tard qu’hier, Josée Verner invitait la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Christine Saint-Pierre, à « garder son calme » en ce qui a trait au dossier culturel. Plus tôt cette semaine, le ton avait également monté entre Jean Charest et Stephen Harper, notamment à propos du déséquilibre fiscal. À ce sujet, le Premier ministre du Québec aurait soutenu « qu’il n’y a pas de mot d’ordre d’attaquer qui que ce soit et il ne peut y avoir de mot d’ordre de ne pas le faire. Le mot d’ordre c’est la défense des intérêts du Québec. Je ne me gênerai pas pour dire ce que j’ai à dire ».

Ce qui se cache derrière cette nouvelle ligne dure du PLQ c’est l’agacement qu’éprouve Jean Charest envers l’attitude de Mario Dumont qu’il accuse de se rapprocher des conservateurs aux dépens des intérêts du Québec. Un rapprochement réciproque quand on sait que certains membres du Parti conservateur, Steven Blaney, Jacques Gourde et Josée Verner entre autres, n’hésitent pas à afficher leurs couleurs adéquistes.

On comprend donc Stephen Harper d’avoir voulu calmer le jeu hier afin d’éviter un dérapage qui risquerait de donner des munitions au Bloc québécois. Or si d’un côté, le Bloc jouit du soutien indéfectible du Parti Québécois, de l’autre, Jean Charest veut autant être associé à Stéphane Dion que Robert Bourassa voulait l’être à John Turner, c’est-à-dire aucunement.

Au final, malgré les pommes de discorde qui sont apparues avec son ancien parti, Charest est condamné à lui accorder son soutien. Il en va de même pour Mario Dumont dont l’autonomisme est à l’opposé de l’attitude centralisatrice du parti de Stéphane Dion.

Ce ménage à trois entre adéquistes, conservateurs et libéraux ne saurait cependant pas durer très longtemps. Tôt ou tard, Stephen Harper – surtout s’il est majoritaire – se décidera à appuyer plus ouvertement l’ADQ, un parti qui s’avère être beaucoup plus près du sien idéologiquement parlant.

À ce moment, c’est Charest qui, malgré son passé comme conservateur, risque de se retrouver Gros-Jean comme devant.