Si, tel que l’avait prédit Lucien Bouchard, le Bloc est devenu en quelque sorte la police d’assurance des Québécois, est-ce que l’élection d’un gouvernement minoritaire est désormais celle du ROC? À l’heure où le tiers des Canadiens se dit prêt à voter de façon à empêcher un parti d’être élu, la question mérite d’être posée.

What does Canada want?

Selon un sondage Ipsos Reid réalisé à la veille du déclenchement des élections, 37% des Canadiens étaient en faveur d’un gouvernement minoritaire, mais plus de 64% disaient s’attendre à ce résultat. En Ontario, là où plusieurs votes du NPD se sont envolés en direction du Parti libéral à la fin de la dernière campagne – au moment précis où les conservateurs semblaient destinés à former un gouvernement majoritaire –, ce chiffre s’élève à 68%. Il atteint même 70% dans les provinces de l’Atlantique.

Dans le même ordre d’idées, on apprenait récemment qu’Élections Canada enquêtait sur le mouvement « Anti-Harper Vote Swap Canada », un groupe créé sur Facebook par l’Ontarien Mat Savelli, ayant comme objectif d’éviter que le Parti conservateur mette la main sur une majorité de sièges (concrètement, les internautes sont appelés à échanger un vote dans une circonscription perdue d’avance en faveur d’un vote dans une autre où leur parti a davantage de chances de l’emporter). Bien qu’il s’agisse là d’un groupe marginal, il est néanmoins symptomatique d’un phénomène de plus en plus populaire : le vote stratégique.

Pris en otage entre le Parti libéral encore marqué par le scandale des commandites et le Parti conservateur qui à ses yeux n’a peut-être pas suffisamment fait ses preuves, il semble que le ROC voit l’élection d’un gouvernement minoritaire comme un moindre mal. Un gouvernement sans vision à long terme certes, mais dont il peut se débarrasser en un claquement de doigt.

Pendant ce temps au Québec, si 55% des Québécois croient que Stephen Harper mérite d’être reporté au pouvoir (sondage Léger Marketing-Le Devoir-Globe and Mail du 2 septembre dernier), ils sont divisés quant à l’étendu du pouvoir à lui confier. En effet, 28% des Québécois lui accorderaient un mandat majoritaire contre 27% qui pencheraient pour un mandat minoritaire. Chose certaine, 58% des Québécois considèrent toujours que le Bloc est toujours utile à Ottawa, et ce, peu importe leur allégeance.

En définitive, bien que les derniers sondages soient plutôt encourageants pour les conservateurs, le seul fait que le tiers des Canadiens soit prêt à empêcher l’élection d’un parti laisse planer le doute quant à la volonté réelle du ROC de se doter d’un gouvernement majoritaire. Même son de cloche au Québec où, à moins d’un revirement spectaculaire, le Bloc sera cette fois encore le parti remportant le plus grand nombre de sièges.

Deux nations, deux polices d’assurance différentes, mais semble-t-il, une même volonté à garder le gouvernement fédéral à l’œil.