On peut aimer ou pas Josée Verner mais tout le monde semble avoir son opinion sur la députée de Louis-St-Laurent.

L’annonce de coupures dans divers programmes de visibilité et de promotion de la culture a mené à une levée de boucliers du milieu artistique et ce, dans la plus totale indifférence de la population. Si les artistes veulent se faire entendre dans cette élection, ils auront intérêt à resserrer le message car, pour l’instant, c’est une véritable catastrophe de relations publiques. Des initiatives comme le concert contre les coupures et le site JeVotePourLaCulture.com sont louables mais demeurent marginales face au typhon d’information dans lequel on demande aux électeurs de se faire une opinion.

Dans une entrevue publiée dans le quotidien Le Soleil jeudi dernier, la ministre du Patrimoine mentionne que s’il y a eu beaucoup de bruit autour de cette série de décisions dans les médias, ce n’est pas le cas sur le terrain. Elle l’a répété en soirée sur les ondes du Réseau de l’information, ajoutant au passage qu’elle remplacerait les programmes abolis (ce qu’elle avait déjà laissé entendre en août). Le tout dans une enveloppe malhabilement vaporeuse qui en dit peu sur les réelles intentions de Mme Verner (sera-t-elle toujours à son poste après les élections?), qui n’a rien cassé comme ministre depuis son élection en 2006.

Mais en même temps, est-ce que possible qu’elle ait raison?

Le préjugé numéro 1 qu’on véhicule depuis maintenant plusieurs semaines touche le train de vie et le statut privilégié des artistes. Bien sûr, pas un mot sur la majorité d’artistes sous le seuil de la pauvreté.

Sauf que les très nombreux “artistes de salon” (il n’y a rien de péjoratif dans ce terme), qui oeuvrent le jour dans des bureaux ou des ateliers pour se rabattre sur la peinture ou la musique le soir venu, ne reçoivent pas de subvention. Il est exagérément populiste de laisser entendre que les artistes n’ont qu’à se trouver une vraie job (faites le tour des blogues de médias traditionnels, ils sont plusieurs), mais en même temps, peut-on en vouloir de le penser à celui qui travaille 40 heures par semaine, qui occupe ses temps libres à composer ou à sculpter et qui ne demanderait probablement pas mieux que de faire ça à l’année?

N’oublions pas que le pouvoir d’achat des consommateurs diminue sans cesse, ce qui les rendra toujours plus mécontents à l’idée de “donner de l’argent pour faire vivre” ceux qu’ils jugent être des privilégiés. Le meilleur exemple à ce sujet vient de cet auditeur qui s’étonnait, quelque part cette semaine dans une tribune radiophonique, que la culture soit si extraordinaire (enfin, selon ce que le monde de la culture avance lui-même) au niveau des retombées économiques alors qu’elle semble si inapte à réinvestir ses dernières afin de sortir les artistes du cercle vicieux des subventions gouvernementales.

Puis, de mémoire, le monsieur mentionnait “qu’en Afrique, on montre des techniques modernes aux agriculteurs car on a compris que c’était le meilleur moyen de les sortir de la misère.” Puis de comparer la culture à l’industrie québécoise des chevaux de course.

La comparaison était (très) boiteuse mais pas dénuée d’intérêt car devant des arguments aussi populistes, il ramène le débat devant le contribuable, celui qui paie. Qu’attendons-nous de nos artistes et que sommes-nous prêts à faire pour les aider? Doit-on les aider perpétuellement

Et si c’est le cas, est-ce que les programmes passés étaient les meilleurs? Peut-on les améliorer?

Et si Josée Verner avait raison?